[Publications] Une histoire de la représentation

Une histoire de la représentation. Louis Marie Bosredon et le Paris de 1848, Paris, Éd. du Croquant, 2016.

Louis Marie Bosredon ? Un caricaturiste, un graveur, un ouvrier, un catholique, un marchand de tableaux, un photographe… Engagé dans le Paris de 1848, ce touche-à-tout a oeuvré pour une autre représentation graphique et politique. Par des lithographies, des calotypes, des décors imprimés, bref par des images mécanisées, lancées toutes à l’assaut de la hiérarchie des arts. Soulever la pierre qui condamnait l’accès à cette vie, c’est sans doute commettre l’irréparable. Car Bosredon cherchait délibérément à rester inconnu. L’obscurité qui s’attache à ses oeuvres, il l’a recherchée. Et pour une raison simple. Il fut aussi un faussaire. Avec pour exploit d’avoir exposé, sous un nom d’emprunt, un portrait de Napoléon Ier, âgé de 16 ans. C’était au musée du Louvre. Oui mais voilà. À l’heure où le concept de gouvernement représentatif semble s’épuiser, comment continuer à taire l’intérêt qu’offrent ses dessins et ses convictions ? D’où ce livre qui invite, au terme d’une incroyable enquête, à interroger les fondements mêmes d’une forme de démocratie qui est aussi le creuset d’une culture visuelle. La trajectoire de ce quarante-huitard ? Elle n’est donc pas une biographie au sens classique du terme mais une véritable histoire sociale et politique. Celle d’un individu collectif qui fait découvrir les rêves ensevelis d’une République démocratique et sociale.

[Publications] Dans l’oeil du daguerréotype. La rue du Faubourg du Temple, juin 1848

« Dans l’oeil du daguerréotype. La rue du Faubourg du Temple, juin 1848 », Études photographiques, 34, 2016.

Le cliché de Thibault passe pour la première illustration photographique d’un reportage dans les journaux. La rue du Faubourg du Temple lors des sanglantes journées de juin 1848 : telle est la scène capturée par ce célèbre daguerréotype. Cet article interroge cette expérience optique. Celle-ci ne lance-t-elle pas comme une passerelle entre la perception individuelle et la chronique du monde, la petite et la grande histoire ? Qu’est ce que l’oeil peut voir sur ces images émouvantes ? Pour le savoir, il importe évidemment d’identifier ce « Thibault » que l’on imagine juché avec son lourd équipement de boîtes, de fioles et d’égouttoirs en face de la femme au bonnet blanc qui a surpris son geste. De quel lieu exact a-t-il pu prendre cette série de vues sur des barricades de Juin 1848 ? Cette prise de vue permet, plus largement, d’interroger le statut acquis par ce traitement optique de l’évènement. De quelle représentation du réel participe-t-il alors qu’au même moment se met en place la représentation politique du suffrage universel ?
Études photographiques n°34