République, laïcité et espace public

« À la table de Marianne. Mets et mots dans les banquets de la République », in Philippe Meyzie (dir.), Banquets, gastronomie et politique dans les villes de province XIVe-XXe siècles, Bordeaux, Féret, 2017, p. 77-91.
« Ecce homo. Louis-Marie Bosredon et l’imagerie du Christ sous le Second Empire », 124-Sorbonne: Carnet de l’école doctorale d’histoire de l’art et d’archéologie 2017, en ligne.

Cet article interroge la production graphique de Louis Marie Bosredon (1815-1881), graveur et dessinateur qui produisit, notamment pour les éditeurs parisiens Bès et Dubreuil, une abondante série d’images de piété à partir de 1850. Marquées par la photographie – il fut un des premiers calotypistes de la capitale –, ses vignettes sont symptomatiques des attentes placées par les artistes quarante-huitards dans la mécanisation des supports de dévotion. Assurer l’équivalence entre perception, représentation et apparition : telle fut finalement le dessein de cet art industriel tourné vers une appropriation toute spirituelle, celle de formes sensibles transcendant la notion de surface.
« Contre la laïcité. Le pavoisement de Jeanne d’Arc dans le Paris de 1909 », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 64 (1), 2017, p. 63-84.

 
« Trouble-fête en Révolution », Critiques, 831-832, 2016, p. 657-667.

 
« Dans l’œil du daguerréotype. La rue du Faubourg du Temple, juin 1848 », Études photographiques, 34, 2016.

Le cliché de Thibault passe pour la première illustration photographique d’un reportage dans les journaux. La rue du Faubourg du Temple lors des sanglantes journées de juin 1848 : telle est la scène capturée par ce célèbre daguerréotype. Cet article interroge cette expérience optique. Celle-ci ne lance-t-elle pas comme une passerelle entre la perception individuelle et la chronique du monde, la petite et la grande histoire ? Qu’est ce que l’oeil peut voir sur ces images émouvantes ? Pour le savoir, il importe évidemment d’identifier ce « Thibault » que l’on imagine juché avec son lourd équipement de boîtes, de fioles et d’égouttoirs en face de la femme au bonnet blanc qui a surpris son geste. De quel lieu exact a-t-il pu prendre cette série de vues sur des barricades de Juin 1848 ? Cette prise de vue permet, plus largement, d’interroger le statut acquis par ce traitement optique de l’évènement. De quelle représentation du réel participe-t-il alors qu’au même moment se met en place la représentation politique du suffrage universel ?
Études photographiques n°34
« Le triomphe sonore de la République », Critique, 829-830, 2016, p. 519-533.

Au milieu d’une liasse d’archives, une gravure sur bois. Découpée par un fonctionnaire de la préfecture de Police de Paris, elle met en scène le retour en vogue de la Marseillaise lors du déclenchement de la guerre contre la Prusse. Moment capital. Après dix-huit ans d’interdiction, le chant de Rouget de Lisle était à nouveau entonné sur la scène de l’Opéra. Une décision prise par Napoléon III en personne…
Critique 829-830
« La rue pavoisée. Une acclamation républicaine de la souveraineté » in Robert Belot (dir.), Tous républicains ! Origines et modernité des valeurs républicaines, Paris, Armand Colin/Recherches, 2011, p. 107-124.

La rue emportée par le déferlement tricolore des drapeaux : le motif exerce une puissante fascination dans la tradition républicaine. Ces dernières années, le voilà qui fait retour par de bruyantes revendications. Comme durant la campagne présidentielle de 2007 qui vit la candidate socialiste cherche à se réapproprier l’idée de nation, jugée en déshérence à gauche. Présenté comme un élément essentiel de l’éducation à la citoyenneté, le pavoisement n’est pourtant qu’un usage, non une disposition juridique. Un usage, c’est-à-dire une pratique fixée par une sociologie et par une histoire.
Tous Républicains
« Les célébrations d’État sous la IIIe République », in Danielle Tartakowsky (dir.), Paris Manif’. Les manifestations de rue à Paris de 1880 à nos jours, Comité d’histoire de la Ville de Paris, Presses Universitaires de Rennes, 2011, p. 174-185.

Depuis la fin de l’Empire, le sacré a reflué du corps de gloire du Prince. Il s’est réfugié dans toute une série de rituels de représentation dont la vocation est de manifester l’unité abstraite d’un peuple proclamé souverain. D’où la célébration d’État comme instrument d’agrégation civique. Sa scénographie est étroitement contrôlée par des autorités soucieuses d’en faire un creuset pédagogique. En cela, la célébration se distingue des manifestations politiques de tous bords. Elle doit être analysée d’un autre point de vue que celui propre au récit journalistique. Non plus tant au regard des comportements de foule, des réappropriations populaires ou des emprunts à d’autres cérémoniaux qu’au regard d’une machinerie invisible : celle des instructions réglementaires, des corps administratifs, des dispositifs scéniques qui, évènement après évènement, en ont façonné le visage.
Paris Manif'
« Les effigies de la souveraineté. Du roi au président », in Ana Claudia Fonseca Brefe et Kristel Gualdé (dir.), Pouvoirs. Représenter le pouvoir en France du Moyen-Âge à nos jours, Paris, Somogy. Editions d’art / Musée du château des ducs de Bretagne, 2008, p. 130-143.

Parc de l’Élysée : photographié en contre-plongée, le chef de l’État s’offre en cliché. De trois quart, costume de ville, sourire modeste, mains derrière le dos, il pose. Figure démocratique d’un pouvoir affichant sa légitimité par une invite lancée aux Français : celle de le suivre dans ces sommets de l’État que surmonte, en arrière-plan, un discret drapeau tricolore. Ce portrait, qui ne l’a jamais croisé ? Accroché dans les mairies, commissariats, préfectures, ambassades, il est une représentation familière. Une image en majesté (de maiestas : la présence qui donne corps à une supériorité revendiquée). Une affiche officielle de 50 X 65 cm, tirée à plus de 50 000 exemplaires, qui solennise la grandeur de la souveraineté en prenant la suite des vingt-et-un portraits des vingt-et-un présidents qui se sont succédés depuis Louis Napoléon Bonaparte en 1848. Un portrait ? Non, une effigie.
Pouvoirs
« Democrazia, repubblica e radicalismo: modelli (anglosassone e francese) e dibattiti nell’ Ottocento », in Maurizio Ridolfi (dir.), La democrazia radicale nell’ Ottocento europeo. Forme della politica, modelli culturali, riforme sociali, Feltrinelli Editore, 2006, p. 3-32.

Les limites de la démocratie représentative seraient-elles devenues les limites de l’esprit humain ? C’est l’enjeu principal de ce retour sur l’histoire politique du radicalisme. Il s’agit de convaincre que le chemin qui s’offre, loin de manquer, est à peine frayé. En somme, qu’il existe bel et bien une voie. Et déjà pour ce qu’on peut appeler une critique républicaine de la république. Ouvrir un tel chantier n’est pas chose aisée. En cette fin de siècle où le marché est célébré comme un modèle d’accès au bien commun, où le cadre national se fissure, où le passé lui-même a de plus en plus une valeur patrimoniale, une tentation majeure guette la curiosité. Elle consiste à tenir pour « naïveté » ou « fanatisme » la moindre conquête de la raison, pour « naïveté » ou « fanatisme » la moindre colère visant à s’affranchir d’une oppression. Une attitude qui revient à poser une incompatibilité radicale entre les théâtres de l’absolu et la civilité démocratique. Or, il faut le redire : de part et d’autre de l’Atlantique, la carrière des concepts de démocratie et de république n’est pas achevée. Au contraire, leur histoire reste d’actualité. A cela une raison simple. La lutte engagée pour donner sens et forme au lien social. C’est ce à quoi s’attache cet article en s’engageant dans une socio-histoire des formes, sinon des modèles, du radicalisme politique depuis le XIXe siècle.
Democrazia, repubblica e radicalismo
« Religione civile : il concetto in prospettiva comparata », in Maurizio Ridolfi (dir.), Rituali civili. Storie nazionali e memorie pubbliche nell’Europa contemporanea, Rome, Gangemi Editore, 2006, p. 31-46.

Le débat sur l’existence ou non d’une « religion civile » en France n’est pas qu’une question érudite. Il renvoie à tout un travail d’interprétation entrepris par ceux qu’on peut appeler des « entrepreneurs de labellisation » attachés à contrôler l’espace des formes intellectuelles, celui des figures et des doctrines au travers desquelles une communauté politique s’invente en se donnant en représentation. Analyser leurs raisonnements, interroger leurs objectifs, ce n’est donc pas retrouver le présent dans les textes du passé. C’est, au contraire, rechercher ce qui s’est perdu entre hier et aujourd’hui. Ce qui, en d’autres termes, n’a pas résisté en France à l’entrée en scène d’un universalisme d’Etat qui, depuis la loi de Séparation en 1905, pose, à l’inverse de ce qui se passe outre-atlantique, une incompatibilité radicale entre les théâtres de l’absolu et la civilité démocratique.
Rituali civili
« La laïcité : une autre lecture », in La laïcité. Histoires nationales, perspectives européennes, ARIES, GREPH, IEP de Lyon, Actes du colloque de Valence « Regards croisés sur la laïcité : droit, histoire, philosophie », Lyon, Jacques André éditeur, 2005, p. 112-124.

La question de la laïcité de l’État a toujours animé les débats intellectuels et politiques en France, mais également dans les autres pays européens ; et les controverses sont loin d’être closes. Juristes, politistes, historiens et philosophes se sont réunis à Valence avec pour objectif d’éclairer la notion de laïcité par des analyses comparatives historiques, géographiques ou sociologiques, et de mettre en évidence les enjeux sociaux et politiques auxquels elle est liée. Leur intention était moins de fournir des réponses que de contribuer à mieux cerner un problème par l’examen des usages et des pratiques de la laïcité, à un moment où le destin européen des États les conduit à réévaluer les valeurs sur lesquelles ils se sont construits. Si l’idée de laïcité inclut la séparation des églises et des gouvernements, elle va bien sûr au-delà, ce qui pose la question du rôle et du statut de l’instance politique.
Laïcité
1939-1944. Grenoble en résistance. Parcours urbains (dir.), Grenoble, Les Éditions du Dauphiné, 2004 (avec Jean-Claude Duclos).

Réédition : O. Cogne, J. Loiseau et J.C. Duclos (dir.), Grenoble en résistance. Parcours urbains (1939-1945), édition revue et augmentée, Grenoble, Le Dauphiné Libéré, 2015.

Parcourir une histoire, parcourir une ville ? C’est au fil d’une idée fort simple que fut entrepris cet ouvrage qui a mobilisé des historiens professionnels mais aussi des étudiants de l’IEP de Grenoble et le Musée de la Résistance et de la Déportation. Soixante ans après la Libération de Grenoble, il s’agissait de renouer avec l’histoire d’une ville. Plus précisément, avec une histoire dans la ville. Avec les rues, les avenues, les places qui ont accueilli et façonné ces années terribles. Avec les lieux (bâtiments officiels, casernes, hôtels, prisons, caches et même boîtes aux lettres) qui formaient le paysage quotidien de ce qui fut une bataille politique, civique et militaire. Guide, traité, mémorial ? Rien de tout cela. Ce qui s’est imposé, c’est l’impératif du recueil. Au sens premier du terme. Dans ces pages, des fragments d’histoire ont trouvé refuge. Photographies, biographies, témoignages, notices, tracts, articles de presse, archives : autant de supports qui, rassemblés, ont permis de frayer la voie à une volonté de connaissance : celle d’une action visant à « dérépublicaniser » l’espace public.
Grenoble en résistance
« Une territorialità repubblicana. I nomi delle vie nella Francia del XIX e XX secolo », Memoria e Ricerca. Rivista di storia contemporanea, 9, aprile 2002, p. 17-34.

Cet article reprend en italien les résultats d’une enquête sur les politiques d’attribution des noms de rue en France depuis la période de la Révolution française. Il montre comment les fonctions politiques de ce panthéon à usage local se partagent entre logique patrimoniale, souci pédagogique et distinction honorifique. Et signale surtout les conditions dans lesquelles s’est opérée la républicanisation de l’espace public. Comment s’est constituée une politique symbolique aujourd’hui banalisée. Une manière finalement d’interroger le lien entre municipalisation et nationalisation des identités urbaines à travers la succession des régimes et les batailles de mémoire que se sont livrées les principales familles politiques.
E-book FrancoAngeli
« Religion civile : la carrière comparée d’un concept France Etats-Unis », Revue internationale de politique comparée, vol. 7, n° 3, hiver 2000, p. 595-627.

Le concept de « religion civile » trace comme une frontière entre les expériences de la citoyenneté en France et aux États-Unis. Forgé par Rousseau dans l’avant-dernier chapitre du Contrat social, il a connu une longue postérité au cœur des batailles doctrinales de ces Républiques sœurs. Entreprendre d’en restituer l’histoire comparée, c’est souligner que sa valeur doit aux coteries, factions et partis qui l’ont instrumentalisée. De comprendre ce que sa renommée doit aux stratégies d’écriture qu’ont fait naître les rivalités militantes qui, en s’autorisant d’un tel étendard, l’on à la fois consacré et progressivement enseveli.
« Deux figures de l’universel. la République et le sacré », in Marc Sadoun (dir.), La démocratie française, T. 1 Idéologies, Paris, Gallimard, 2000, p. 138-246 (avec Yves Deloye).

Quels sont les fondements des politiques qui ont sacralisé le lien civique en République ? Depuis la Révolution de 1789, nul n’a douté de la nécessité de la représentation. Ces mises en scène reposent sur une conviction : celle qui veut que l’assemblage des signes peut conférer aux idées un empire qu’elles n’ont pas par elles mêmes. Pour Rousseau, l’éclat du spectacle aurait cet avantage : mettre chacun dans une position telle qu’il acquerrait des vertus sans en connaître le mot, serait « bon et juste sans trop savoir ce que c’est que justice et bonté ». Pour Michelet, en ce haut lieu où les formes disent la majesté du pouvoir, se découvre « un pain moral » : celui qui soutiendra et relèvera le cœur du Peuple. La République ne s’est donc pas soustraite à l’impératif de majesté. Pour coloniser l’imaginaire national, pour rivaliser avec les formes d’encadrement de l’Eglise, pour développer son universalisme de la puissance, elle s’est prêtée à l’exhortation de politiques symboliques. Que l’on songe à l’autre panthéon, celui des noms de rue. Que l’on pense également à la scénographie du vote, aux statues de place publique, aux bustes de mairie, au ressassement des hymnes, à l’étiquette des préséances. Située au cœur des guerres franco-françaises, cette symbolique d’Etat possède des propriétés spécifiques qu’elle doit d’abord à ses conditions d’avènement.
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« Un messianisme politique : le prophétisme saint-simonien de 1830 à 1848 », Revue française d’histoire des idées politiques, 10, 1999, p. 339-351.

Comment convertir le citoyen en fidèle maintenant que le bulletin de vote a remplacé les barricades ? C’est à cette interrogation qu’est consacrée cette réflexion sur la tonalité indissociablement politique et religieuse qui a longtemps caractérisé un certain messianisme laïque au XIXe siècle avant l’avènement du suffrage universel. Les saint-simoniens en sont une bonne illustration : n’ont-ils pas ont tenté de déplacer l’idée de « paradis terrestre » du passé vers l’avenir et du théologique vers le politique ? C’est cette mobilisation qu’étudie cet article : celle en faveur d’une République de droit divin, mais dont les proclamations sont venues se heurter à la doctrine et à la pratique de la souveraineté populaire. Celle finalement d’un groupe porteur d’une prophétie scientifique visant à réformer le visage même de l’État post-révolutionnaire.
« De bouche à oreille. Sur les pratiques de commensalité dans la tradition républicaine du cérémonial de table », Revue française de science politique, vol. 48, n°3-4, 1998, p. 387-408.

Depuis deux siècles, la pratique des banquets publics est devenue à la lettre un rituel de représentation politique. D’où l’intérêt de s’interroger sur les vertus démonstratives de cette commensalité subordonnée à des fonctions précises. Dégager la structure ordonnatrice de ces repas en commun, c’est en fait se donner les moyens de comprendre comment, à égale distance de l’idéal de civilité aristocratique et de la frugalité ascétique de la Cène chrétienne, cette convivialité d’apparat a pu donner forme à des modes spécifiques de sociabilité et de mobilisation. Comment ce cérémonial de table a pu mettre en scène une intimité collective présentée et parfois expérimentée comme une alternative au rapport de délégation célébrée par le développement de l’État parlementaire. Oubliée aujourd’hui, cette mise en scène de l’entre soi démocratique ? Pas si sûr…
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Un cérémonial politique. Les voyages officiels des chefs d’Etat (dir.), Paris, L’Harmattan, 1998 (avec Jean-William Dereymez, Gérard Sabatier).

Les voyages des chefs d’Etat forment une singulière politique symbolique. Par des spectacles allégoriques, un décor soigneusement préparé, des réceptions officielles, des discours prononcés selon une étiquette implacable, ces mises en scène font plus qu’attribuer une parure symbolique au gouvernement des hommes: elles en font voir et vivre l’éloquente majesté. Encore convient-il de comprendre la naissance et le développement de cette véritable souveraineté déambulatoire. Une mise en scène fondée sur des savoirs et des savoirs faire spécifiques. C’est le but de cet ouvrage. Une manière de mettre au grand jour l’action de ces poses de la grandeur d ‘Etat qui lient un homme à un régime, une figure à des institutions, un visage à une abstraction.
Un cérémonial politique : les voyages officiels des chefs d'Etat
« Sous le regard de l’indigène. Le voyage du président Loubet en Algérie », in Jean-William Dereymez, Olivier Ihl, Gérard Sabatier (dir.), Un cérémonial politique. Les voyages officiels des chefs d’Etat, Paris, L’Harmattan, 1998, p. 215-242.

Le voyage en Algérie d’Emile Loubet en avril 1903, le premier d’un président républicain dans les colonies, permet d’interroger les dispositifs d’une ambitieuse mise en scène. Avec ce rite politique, l’histoire appartient au domaine de la représentation, celle de l’emphase du récit colonial. Celle du protocole et des distinctions honorifiques dont cette étude offre une analyse en situation. Démonstration politique, le voyage était censé exercer des effets, offrit des avantages, corroborer des positions. D’où une mise en visibilité de la figure présidentielle, à la fois panoramique et réifiante, solennelle et ethnocentrique. C’est elle qu’étudie ce chapitre en s’efforçant de comprendre comment la majesté de l’État républicain a pu subir, dans les « lointaines colonies », des distorsions liées à la présence des colons et des indigènes.
Un cérémonial politique : les voyages officiels des chefs d'Etat
« Dans la maison de Zola. Pierre Mendès France et la notion de justice républicaine », in Éthique et démocratie. L’exemple de Pierre Mendès France, Paris, Le Cherche-midi éditeur, préface de Lionel Jospin, 1998, p. 53-58.

En mettant face à face le procès de Zola et celui de Pierre Mendès France, c’est toute une conception de la justice républicaine qui est ici interrogée. Celle-ci n’est pas équivalente à la justice de la République ou sous la République mais relève d’un type d’exigence dont ces procès témoignent à leur façon.
Ethique et démocratie
Flânerie civique dans le Grenoble républicain (dir.), Grenoble, Presses Universitaires de Grenoble, 1998.

Qui n’a jamais été intrigué par le spectacle, au coin des rues, de ces vies de quelques mots drapées d’une solennité en lettres blanches ? Pour quelques noms célèbres (place Victor Hugo, esplanade François Mitterrand), combien de figures aujourd’hui oubliées, combien de symboles à demi effacés ? Cet ouvrage trouve là son point de départ, dans une préoccupation citoyenne qui en fait toute l’originalité. Cette flânerie, de façon vivante, s’efforce de renouer avec la mémoire d’une ville dont les dénominations portent depuis 1789 l’empreinte du combat pour la liberté. Son but est de faire comprendre l’importance de ces personnages et des ces symboles que Grenoble arbore avec fierté à l’angle de ses rues, et de raviver l’éclat de ces rêves d’exemplarité que de modestes plaques en émail bleu ont enveloppé, non pas dans le suaire d’un passé nationaliste ou communautaire, mais dans l’éternité d’une notoriété passionnément républicaine.
Flânerie civique dans le Grenoble républicain
« Un trône de pierre. Le Clovis de Reims », in Culture républicaine, Citoyenneté et lien social, CRDP de Bourgogne, 1997, p. 37-51.
{Actes du colloque de Dijon (ENSAD) 8 et 9 octobre 1996, 28 et 29 mai 1997, Dijon}

En 1996, le gouvernement a décidé de placer l’anniversaire de la proclamation de la première République sous le signe de croix des « origines ». En présence du pape et des plus autorités de l’Etat, il a été entrepris d’honorer le quinzième centenaire du baptême de Clovis. Cet article s’interroge sur cette commémoration en portant l’attention aux précédents anniversaires : à l’assemblage théorique des débats dans lequel cette figure a circulé, aux configurations historiques dans lesquelles de tels usages commémoratifs ont pu circuler, aux affrontements esthétiques et historiographiques que son souvenir a suscités. En somme, il s’agit de comprendre l’étrange passion qui, périodiquement, redonne vie à ce fantôme de pierre.
Culture républicaine, citoyenneté et lien social
« Quoi ! Ne faut-il donc aucun spectacle dans une République ? », Cahiers de médiologie, n° 1, 1996, p. 200-207.

Pour la République, le lien politique est condamné à s’entourer de prestiges plus discrets qu’ils ne le furent sous l’Ancien-Régime. A se manifester par un sentiment d’obligation qui commande sans contraindre. Car l’envol des images est moins voué à éblouir qu’à éclairer. Ce scrupule entremêle plusieurs méfiances. Positiviste, avec l’idée chère aux fondateurs de la IIIe République, que la politique se rapproche de la science en s’éloignant du cérémonial. Protestante avec la mise en cause de toute ordonnance de piété : celle d’une République qui, par timidité ou provocation, irait s’endormir dans un nouveau mysticisme, chanter des cantiques, réapprendre la génuflexion, sinon enseigner l’adoration. Socialiste, avec la mise en accusation du Panem et circenses. Vallès en rédigera la sentence de sa propre main : « l’électricité sociale, qui peut un jour devenir tonnerre, se perd et se meurt dans l’atmosphère de ces fêtes ». Non pas dans toutes les fêtes -il est des hommages dont la République se fortifie- mais dans celles, compassées et inutiles, où l’on s’étourdit, celles « opportunistes » où l’on se ruine en lampions.
mediologie
La fête républicaine, Paris, Gallimard, 1996 (préface de Mona Ozouf).

La République, surtout dans la période fondatrice de la Troisième, a été fertile en célébrations ; il suffit de songer au 14 Juillet. Mais la fête républicaine, toute hantée qu’elle soit par les grands souvenirs de la Révolution, par son répertoire de dates, de chants, d’emblèmes et de héros, a ajouté ses propres difficultés et contraintes à celles que Mona Ozouf avait naguère mises en lumière pour la fête révolutionnaire. Solennité à caractère religieux et même franchement catholique ? Liturgie civique d’inspiration protestante ? Culte patriotique avec saints et martyrs ? C’est une quatrième formule qui a fini par l’emporter, celle des proches de Jules Ferry : une communion citoyenne individualiste et laïque. Non sans débats de doctrine et même de philosophie que cet ouvrage restitue dans leurs richesses et leurs subtilités. Mais le mérite et l’originalité de ce livre sont de doubler cette interrogation théorique de l’identité républicaine d’une plongée dans les profondeurs provinciales et, loin des grandes scénographies parisiennes, de s’établir au village, après Maurice Agulhon, pour suivre la politique locale à l’époque où pavoiser, c’était soutenir la candidature de la République. De nos jours où la ferveur des solennités paraît si difficile à ranimer, la longue histoire que nous fait revivre l’auteur suggère comment, de cette forme de vote politique pour la République, le vrai jour de fête est devenu, en définitive, le jour même du vote et des élections.
La fête républicaine
« Le Clochemerle de la République », in Maurice Agulhon (dir.), Cultures et folklores républicains, Paris, Editions du Comité des Travaux Historiques et Scientifiques, 1995, p. 317-333.

En promenant son regard dans les archives du XIXe siècle, le politiste ne peut manquer d’être frappé par l’abondance des conflits qu’a suscité l’appropriation symbolique du clocher. Non seulement ces « intrigues » emplissent les annales villageoises de comptes rendus hauts en couleurs mais elles sont loin d’être isolées. Les litiges nés du geste d’annexion de la cloche constituent un objet majeur d’affrontement, notamment au cœur des rivalités notabiliaires. C’est précisément à restituer à ces conflits leur place dans la hiérarchie des modes d’expression politiques que s’attache cette étude. Une réflexion sur les formes illégitimes du politique, au moment où un espace électoral, à la fois rationalisé, uniformise et concurrentiel se met en place, au moment aussi les signes traditionnels d’appartenance perdent de leur puissance normative. C’est le moment où la paroisse cède le pas à la commune, l’invocation divine à la sacralisation du Législateur, la communauté de fidèles à l’interdépendance citoyenne.
Collectif-Cultures-Et-Folklores-Republicains
« Convivialité et citoyenneté. Les banquets commémoratifs dans les campagnes républicaines de la fin du XIXe siècle », in Alain Corbin, Noëlle Gérome, Danielle Tartakowsky (dir.), Les usages politiques de la fête, Paris, Publications de la Sorbonne, 1994, p. 137-157.

Adossée à la mythologie de la Révolution, la sacralisation du repas pris en commun introduit aux formes républicaines du lien politique. Cette commensalité eût plusieurs définitions. Pour les uns, elle était une promesse sociale : celle de prendre place au banquet de l’égalité. Pour d’autres, elle désignait une représentation  politique émancipée de toute délégation parlementaire. Pour d’autres encore, elle renvoyait à un ordre invisible et immuable : l’action d’une Providence qui attendait son Eglise. Rien d’étonnant, dès lors, si la fondation de la IIIè République fut pour ce rituel politique comme une épreuve de vérité.
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« Des fêtes sans Dieu. L’enjeu de la laïcité dans les célébrations républicaines des débuts de la Troisième République », in Pim den Boer, Willem Frijhoff (dir.), Lieux de mémoire et identités nationales, Amsterdam, Amsterdam University Press, 1993, p. 227-235.

L’apparition d’un espace politique conçu comme un domaine d’activité spécialisé, différencié de toute tutelle religieuse ou patrimoniale, constitue assurément l’une des évolutions les plus importantes des formes étatiques modernes. Une telle représentation du pouvoir tient sa légitimité en France de la reconnaissance du principe de « laïcité », notion capitale pour que s’institutionnalise dans ce pays une coupure entre les sphères publique et privée mais aussi pour qu’émerge une représentation de la nation différenciée du référent catholique. Or, avant de se manifester sous la forme de réglementations particulières ou de mécanismes bureaucratiques, cette différenciation de l’activité politique s’est traduite sur le plan rituel par une reformulation des fondements de la majesté d’État. La mise en oeuvre des premières célébrations du 14 Juillet en apporte une illustration exemplaire.
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« Les territoires du politique. Sur les usages festifs de l’espace parisien à la fin du XIXe siècle », Politix, 21, 1993, p. 15-32.

Comment faire naître un langage à l’intérieur d’un espace réputé muet parce qu’indifférencié : telle est l’ambition revendiquée des célébrations organisées dans la capitale lors de l’avènement de la République. En cet âge d’or des « révolutions urbaines » alors que se multiplient les percées urbanistiques, que prolifèrent les aménagements architecturaux, l’idée participe d’un jeu d’évidence partagées. Elle résulte surtout d’une conviction que cet article met à l’épreuve : le lien social ne peut se dissocier d’un lieu qui en consacre les principes fondateurs. Assigner aux commémorations un territoire autonome, les attacher à un dédale éloquent de rues et de carrefours, c’est du coup prendre acte que toute identification sociale est aussi, sinon d’abord, une identification territoriale. L’étude des parcours festifs comme des controverses suscitées par ce « discours » territorial le montre.
politix21-1993
« La Révolution française et le narcissisme idéologique », The Tocqueville Review, IX, 1987-88, p. 129-151 (avec Jean-Louis Martres †).
{Une seconde version de ce texte a été publiée dans Jean-Louis Martres †, Jean Béranger, Roland B. Simon (dir.), Le discours sur les révolutions, Economica, Paris, 1991, T. 1, p. 291-313}

La Révolution est un jardin cultivé jalousement par les historiens et la courtoisie interdisciplinaire interdit de tirer dans les chasses d’autrui. Cependant de nouvelles méthodes s’y intéressent en cette période anniversaire, de la psychanalyse à l’économie. Quant à la science politique, un certain nombre d’aspects du phénomène retenait déjà son attention. On l’aura compris : cet article examine le rôle des sciences sociales dans la fabrique de l’événement commémoratif qu’est la Révolution française depuis le XIXe siècle : les rivalités universitaires et politiques participent directement de la mythologie révolutionnaire en constituant des interprétations qui sont autant de ressources, ou d’argumentaires symboliques, au travers desquelles se forge la valeur instrumentale de cette mythologie au cœur des conflits du politique. Même si la science universitaire n’est pas quelquefois aussi dévote que ne le souhaitent les politiques…
Tocqueville Review
« Des cahiers de doléances contre la Révolution. Notes sur la commémoration catholique du centenaire de 1789 », in Jean-Louis Martres †, Jean Béranger, Roland B. Simon (dir.), Le discours sur les révolutions, Paris, Economica, 1991, T. 2, p. 273-287.

Ce travail, issu d’un colloque franco-américain organisé par les Universités de Bordeaux et de Virginie à Charlottesville en 1986, analyse le mimétisme en matière de rituel politique. Il s’agit de montrer combien le répertoire d’action propre aux mouvements contre-révolutionnaires a pu, en France, être recomposé dans et contre la mythologie des formes de mobilisation née en 1789. Un alignement formel qui, mu par des raisons tactiques, rend compte du prestige acquis par les mises en scène républicaines du politique. 
Notices « Garibaldi », « Sadi Carnot », « Gambetta » et « Conclusion générale », in Un Panthéon républicain. Les noms de rue à Limoges, Limoges, LDH, préface de Madeleine Rébérioux, postface de Maurice Agulhon, 1989.

Ces études monographiques visent à saisir les fondements intellectuels et stratégiques du jeu des noms de rue dans le façonnement du rapport à l’histoire. Dimension oubliée des politiques symboliques, l’onomastique urbaine participe, au même titre que la statuomanie ou l’enseignement de l’histoire, de la constitution d’une forme de révérence patrimoniale qui est un élément clef de la fierté locale et civique. D’où les rivalités que ces noms suscitent entre érudits locaux, associations militantes, sociétés historiques et pouvoirs administratifs. Une politique culturelle qui arbitre à sa manière le rapport entre municipalisation et nationalisation des appartenances collectives.